Aperçu sur l'UBURETWA , l' UBUHAKE et l'UBUCAKARA

L’Ubuhake

De toutes les armes que le Tutsi a utilisées pour réduire le Hutu à l’esclavage, la plus redoutable et la plus efficace fut le système d’Ubuhake.

 La notion de l’’Ubuhake

C’était un système de relations sociopolitiques entre des individus ou, même, entre des institutions. Il était l’inspiration du contrat d’Ubugererwa des royaumes Hutu dont il est différent quant à son objet et à son but. L’objet de l’ Ubuhake était la vache au lieu d’être la terre, et il avait lieu entre deux personnes se trouvant aux rangs sociaux différents. Le plus puissant s’engageait à protéger le faible ainsi que tous les siens dans toutes les circonstances et pour autant que leurs relations d’Ubuhake n’étaient pas définitivement interrompues. L’autre partie, quant à elle, s’engageait à exécuter parfaitement tous les ordres reçus de son protecteur. Par cet engagement, le protégé cessait de s’appartenir ou d’appartenir à sa famille pour devenir l’homme à la disposition de son patron.
Signalons qu’en réalité, la vache ainsi reçue restait partie intégrante de la propriété du seigneur, le Mugaragu n’en étant que simple usufruitier. C’est-à-dire que, sous n’importe quel prétexte, le Shebuja pouvait reprendre toutes les vaches que le Mugaragu détenait. Même quiconque propriétaire de vaches obtenues en dehors d’Ubuhake (imbata) pouvait se les voir dépouiller par un plus puissant, sans la possibilité d’aucun recours. Quand la situation allait bien, la relation entre les deux parties était héritée dans le même ordre, de père en fils pendant des générations entières.

Les conséquences de l’’Ubuhake

L’institution de l’Ubuhake a produit des conséquences particulièrement graves sur les plans individuel, social et politique.

 Sur le plan individuel

Par le truchement de l’Ubuhake, le Tutsi voulait faire du Hutu un type d’hommes assujetti et essentiellement voué à son service. Sur ce plan individuel les conséquences furent :
a)L’égocentrisme (inda nini)
Ainsi asservi, le Hutu devait depuis, dépenser ses forces quotidiennement, au profit du seigneur Tutsi pour avoir de quoi « mettre sous la dent ». Ainsi, pendant des générations, le Hutu n’ayant d’autres préoccupations que son « ventre », a fini par acquérir pour de bon le caractère d’égocentrisme incompatible avec la gestion des affaires de la communauté. [n.d.l.r.un récit populaire corrobore intitulé 'Umurage n'umuvumo bya Kibaza' corrobore cette constatation].
b)Le manque de clairvoyance et de présence d’esprit (kutibaza-kudashisho za)
Tout au long de son éducation, le futur seigneur Tutsi était quotidiennement soumis à des exercices physiques (guhamiliza) militaires (kumasha), il était associé à des jeux favorisant le développement mental et intellectuel tel que le Gisoro ainsi qu’à des séances spéciales pour acquérir des mécanismes de l’art oratoire (gutarama) nécessaires dans l’exercice du pouvoir.
Tandis que le jeune Hutu du même âge, à l’instar de son père ou au secours de celui-ci, devait s’occuper chaque jour des travaux durs, fatigants et de toute autre sale besogne que la famille du seigneur dédaignait. Les activités d’ordre intellectuel constituaient la moindre de ses préoccupations, et cela pendant des siècles. [n.d.l.r.un récit populaire corrobore intitulé 'Umurage n'umuvumo bya Kibaza' corrobore cette constatation]. C’est ce qui explique pourquoi, souvent le Hutu n’a pas toujours discerné les pièges (amayeri) que le Tutsi lui a tendus pendant des générations entières. Les exemples abondent dans l’histoire du Rwanda.
c)Une peur irraisonnée, permanente et traumatisante (Umususu)
C’était une peur constante inspirée par tout ce que le seigneur Tutsi, en sa qualité de propriétaire de la personne du Hutu, pouvait faire de mal à son esclave sans défense. [n.d.l.r.un récit populaire corrobore intitulé 'Umurage n'umuvumo bya Kibaza' (dernier paragraphe) corrobore cette constatation]
De tout ce qui précède l’on se rend aisément compte que le Hutu est devenu, au cours des siècles un robot au service de son seigneur. Il lui faut beaucoup de temps et de patience et surtout de détermination pour reconquérir sa qualité d’homme.

 Sur le plan social

Le système d’Ubuhake était le fondement essentiel des relations sociales dans les Rwanda ancien. De nos jours ses séquelles se font encore ressentir. Les relations entre Hutu et Tutsi étaient nécessairement basées sur l’Ubuhake ; pour le Tutsi, le Hutu devait être naturellement à son service. A la limite, l’inverse était concevable: un Tutsi pouvait se constituer un umugaragu du Hutu - muhinza – mais à court terme et pour un objectif bien déterminé. C’est dire que lorsque le Tutsi n’avait pas réussi à éliminer le Muhinza par les armes, ou qu’il ne l’avait pas pu en lui donnant sa fille en mariage, il se rapprochait de lui sous les apparences d’un umugaragu, en vue de le faire disparaître sans difficultés. C’est ce que Ruganzu II Ndoli a fait sous le pseudonyme de Cyambarantama, pour tuer le dernier monarque du Bugara, Nzira. [n.d.l.r.lire l'histoire du roi Ruganzu II Ndoli].
Plus près de nous encore, pour ne parler que de cela, quand le Général Major Juvénal Habyarimana a accédé à la tête de l’ Etat, le Tutsi s’est approché de lui de telle sorte qu’il était devenu le vrai détenteur du pouvoir. Un proverbe rwandais dit, à ce sujet que « lorsque tu loges le Tutsi au cœur de ton foyer, il t’enlève ta femme » (umututsi umusembereza ikweru akaguca haruguru).
La vérité sur ce qu’il cherchait à obtenir a été révélée en 1980 lors de ce qu’il a été convenu d’appeler « Affaire Lizinde ». Monsieur Lizinde, alors chef de service du renseignement et auteur du livre La découverte de Kalinga ou la fin d’un mythe, a dénoncé le danger que constituait l’emprise des Tutsi sur le pouvoir républicain. Il fut accusé à son tour, et pour cette cause, de nourrir des ambitions pour renverser le pouvoir en place. A partir de son moment, les Tutsi jurèrent de prendre le pouvoir par la force.
Par ailleurs, le système d’Ubuhake avait atteint un tel degré de perversion que le mugaragu était plus fier d’être esclave de son maître Tutsi que d’être fils de son père biologique. Cela devait se concrétiser dans la conduite de tous les jours. C’est ainsi qu’un Hutu au service d’un seigneur Tutsi était apprécié dans ses agissements en fonction de la bravoure ou de la médiocrité de son maître.
Dans certains cas, lorsqu’une famille de Hutu (au sens large) avait donné des bagaragu à une autre famille de Tutsi pendant des générations, la première abandonnait son clan d’origine pour adopter celui de la deuxième (Abanyiginya, Abega, Abageserab’Abazirank ende) mais sans pour autant devenir Tutsi. Même au cas de mariage, le Hutu gendre du Tutsi pouvait bénéficier de beaucoup de faveurs mais jamais il ne pouvait changer de statut pour devenir Tutsi. Pour le Tutsi, la nature des choses était telle que le Hutu pouvait atteindre un certain degré de perfection, mais jamais égaler le Tutsi (zirungwe zange zibe isogo!) [n.d.l.r. Sur ce point, Alexis Kagame confirme qu'un Hutu pouvait devenir 'politiquement' Tutsi en acquérant ds richesses bovine mais qu'il restait 'racialement' (i.e. ethniquement) Hutu. Cfr. paragraphe 33 de Les trois races].
Dans les relations d’Ubuhakee, le mensonge et l’intrigue étaient les règles du jeu substantielles. En effet, l’action de guhakwa comportait entre autres pratiques, pour le mugaragu, à dire à son maître des choses agréables à l’oreille, même s’il s’agissait des contre -vérités, pourvu qu’il soit attentivement et favorablement écouté (ukuli wabwiye shobuja niko umuhakishwaho).Pour cela, le mugaragu devait couvrir son seigneur de louanges en évoquant ses actes de bravoure, mais surtout en compliquant au moyen des intrigues souvent cruelles, la vie d’un ou des collègues bagaragu adversaires pour rester seul dans les faveurs du seigneur.
Mais ces manoeuvres constituaient une armes à double tranchant : en cas de découverte, le coupable recevait un châtiment exemplaire ; au niveau de la Cour, il était souvent mis à mort, car, comme dit un proverbe rwandais, « le mensonge est celui dont l’auteur est convaincu de la culpabilité » (ikinyoma ni igitsinzwe).
Signalons enfin qu’en cas de commise féodale (kunyaga ukeza, kwunûra)contre un chef, par exemple par suite d’une faute grave, ses vaches étaient transférées à un autre chef avec l’ensemble des bagaragu sous ses ordres (le ban et l’arrière-ban) . Ceci pour signifier tout simplement que l’homme était subordonné à la vache.
Voilà, en résumé, en quoi le système d’Ubuhake a façonné les relations sociales dans le Rwanda ancien. On aura remarqué aisément, que les traits caractéristiques du système n’ont pas encore totalement disparu de la vie des rwandais à l’heure actuelle.

 Sur le plan politique

L’Ubuhake, institution fondamentale de la monarchie féodale, avait créé au niveau le plus élevé dans chaque région du pays une pyramide de chefs représentant le pouvoir central (le Mwami). C’est ainsi qu’on retrouvait dans chaque région un chef des terres (umutware w’ubutaka), un chef des pâturages (umutware w’umukenke), et au dessus de tous, un chef de l’armée (umutware w’ingabo), représentant le Mwami en tout. Au sommet de tout le système, trônait le Mwami avec des pouvoirs exorbitants dont le droit de vie et de mort sur tous ses sujets.
Par ailleurs, pour jouir de ses droits, tout rwandais devait appartenir à une armée comme il devait avoir un shebuja dans des conditions que l’on sait. Du coup, tout citoyen rwandais appartenait à l’armée de son shebuja. C’est aussi dans ces conditions qu’il pouvait jouir du droit d’ester en justice au niveau des chefs et de la Cour et avec l’assistance de son shebuja. Quiconque propriétaire de vaches obtenues en dehors d’Ubuhake (imbata) pouvait se les voir dépouiller par un plus puissant, sans la possibilité de recourir à la protection d’un plus puissant encore.
Voilà en quelques lignes le système d’ Ubuhake, véritable base de la dynastie des Banyiginya, qui a joué un rôle considérable dans l’assujettissement du Hutu et, par conséquent, dans la création du conflit rwandais. C’est dans cet état de choses que l’étranger européen est arrivé au Rwanda.

 

C'est principalement vers le 19ème siècle que les rois tutsis ont renforcé leur domination. Le système socio-politique des BATUTSI étant mieux hiérarchisé, ils vont parvenir à déstructurer le système des BAHUTU et à les assujettir en leur imposant un système féodal basé sur le clientélisme pastoral et foncier.  Au moment où le clan royal des Nyiginya dominait tout le pays, les tutsis, éparpillés entre les hutus, furent incorporés aux unités militaires du pouvoir central du clan royal, même s'ils ne faisaient pas partie de l'aristocratie. Ainsi, il s'est créé une sorte de caste militaire hiérarchisée qui comprenait tous les tutsis et excluait les hutus. Il se dessinait une cassure qui se développerait au siècle suivant. La structure socio-économique qui s'était créée au 19ème siècle était totalement hiérarchisée. Les meilleures positions étaient occupées par les tutsis, avec seulement quelques exceptions pour les hutus, mais dans des positions inférieures. Tout au bas de la pyramide, il y avait les hutus, les twas et quelques tutsis restants. Vers la fin du 19ème s., une profonde scission séparait les riches et puissants des pauvres et des faibles. La dépendance des pauvres par rapport aux riches prenait diverses formes; deux structures de pouvoir se détachaient surtout: l'ubuhake et l'uburetwa. L'ubuhake, originairement des alliances avec des droits et des devoirs entre familles de la noblesse tutsi pour protéger leurs intérêts, avait converti cette aristocratie militaire en aristocratie terrienne d'éleveurs. En vertu de l'ubuhake, les paysans hutus devaient payer la moitié de leur récolte à l'umwami (le roi). Ceci contribua à l'appauvrissement de la population et accentua la scission entre le peuple hutu et la noblesse tutsi bénéficiaire de ce nouveau système économique.  

"Le contrat de servage pastoral - ubuhake était dit aussi contrat d'ubugaragu, voir le modèle plus  bas, était un  engagement volontaire par lequel une personne appelée umugaragu venait se recommander à une autre personne d'un rang  social plus  élevé, appelée shebuja.

 L'acte de se recommander se  dit gukeza, les  relations sociales du maître (shebuja) au serviteur  (umugaragu) s'appellent ubuhake. Le serviteur s'engage, vis à  vis de son maître, à rendre tous les services coutumiers et le shebuja consacre le contrat par l'octroi de vaches ou dans certaines régions de parcelles de terres à cultiver. 

Les services coutumiers que le  serviteur doit  prester sont, de la part d'un Muhutu, tous les  genres de travaux serviles ordinaires; tandis qu'un Mututsi est conseiller, messager, informateur, compagnon d'armes, en un mot, l'instrument de l'influence sociale et politique entre les mains de son maître.  Le buhake (dont les origines remonteraient au règne de Ruganzu II Ndoli autour du XVIIème siècle voir dans Le gros  bétail et la société rwandaise. Evolution historique des XII-XIVème siècles à  1958, 1994: 127-140.)était destiné à renforcer la puissance de la famille du maître.   Et c'est ici que l'on pourrait situer les origines de l'Ubuhake que nous allons voir en détails dans ses formes élaborées telles que les ont trouvées les colonisateurs au début du 20ème siècle: « Bien que l'ubuhake existât aussi entre deux tutsi ou deux hutu, la relation féodale était avant tout un rapport inter caste entre un tutsi et un hutu. Sa fonction était d'une part de fournir à la strate supérieure des produits agricoles et des services, sans contrepartie économique réelle ; d'autre part, de limiter l'exploitation des paysans en leur donnant l'occasion de recourir à la protection d'un membre de la caste dominante contre la surexploitation par les autres » Voyons donc ce que furent les relations entre les deux groupes sociaux. D'après les travaux de J. Maquet:1952, 1954, 1970; ceux de A. KAGAME (1954) de M. D'HERTEFELT: 1971,… sur le système des relations sociales dans le Rwanda ancien, il est dit que la structure étatique était entièrement entre les mains des tutsi nyiginya et la « fiscalité » était la fonction principale de  l'administration. Les tutsi qui n'appartenaient pas au groupe des gouvernants pouvaient assurer leur approvisionnement vivrier par le lien de la clientèle que sollicitaient des hutu en échange de tel ou tel seigneur.

Sur l'uburetwa, C.M. Overdulve dit littéralement: «L'immense majorité du peuple hutu était soumis à l'uburetwa, qui consistait en l'obligation pour chaque homme de travailler deux jours par semaine (et la semaine traditionnelle était seulement de cinq jours) au service du chef tutsi et ceci sans être rémunéré. C'est l'umwami tutsi Kigeri IV Rwabugiri (1865-1895) qui l'aurait instauré et imposé aux cultivateurs hutus. En général, les tutsis étaient exempts de l'uburetwa, même s'ils n'appartenaient pas à la noblesse. Ainsi, ils ont acquis un statut de privilégiés par rapport à la grande majorité hutu. L'uburetwa était la manifestation la plus humiliante et la plus étendue de la soumission du peuple. Le poids de cette charge a été un obstacle énorme pour les hommes, interdits de travailler régulièrement et suffisamment leurs propres champs. Ce travail, donc, retombait en grande partie sur les femmes qui avaient déjà la lourde charge de la maison et des enfants. En outre, elles pouvaient également être appelées pour certains travaux à la maison du chef tutsi. Tout cela provoquait une situation de misère sans précédent ; ils avaient beaucoup de difficultés pour nourrir la famille et ils vivaient sous la menace constante de la faim.» Mais dans les familles et les ménages hutu, le soir autour du feu de bois, pendant le repas de haricots, le grand-père ou le père racontait une autre histoire, la chronique familiale, qui remontait à plusieurs générations, transmise de père en fils. C'est l'histoire qui dit comment, peu à peu, le lignage perdait son autonomie et sa dignité, une histoire d'humiliation et d'oppression croissantes de la part des seigneurs et maîtres, les Tutsi de toutes les couches, de haut en bas. Cette tradition orale explique les sentiments profondément enracinés de frustration et d'humiliation des Hutu envers les Tutsi. Ces sentiments se sont accumulés au cours des siècles, bouillon de culture d'une haine inconsciente mais toujours en veilleuse, qui fait partie de l'inconscient collectif du Hutu, transmise, chaque fois renforcée, de génération en génération. Les Tutsi, eux, ne connaissent bien sûr pas ces sentiments de frustration et d'humiliation. Ils ont un inconscient collectif formé par des siècles de pouvoir et de supériorité. lls n'ont aucune idée de ce qui vit dans l'âme des Hutu. On peut d'ailleurs se demander si l'Européen ne s'est pas reconnu dans une certaine mesure dans cet état d'esprit des Tutsi, ce qui expliquerait que l'Européen moyen éprouve un sentiment spontané de sympathie pour eux. Il est pour le moins frappant que presque tous les mariages mixtes soient des mariages entre Européens et Tutsi et très rarement entre Européens et Hutu.» 

En 1942, le Conseil du mwami (roi) va officialiser un contrat entre l'umugaragu et son chef dont le contenu est ci-dessous:

N. B.: Un contrat exige un consentement mutuel sur pas mal de procédures. En était-il ainsi ou c'était la dictature ?

Du contrat d'ubugaragu ou de servage agro-pastoral dans le Rwanda "nyiginya"

Bulletin de Jurisprudence des Territoires Indigènes du Rwanda Urundi
Astrida, Rwanda, 1946


Ce statut a été rédigé en 1941 par le Conseil du mwami en conformité aux us et coutumes en vigueur, il a été rendu obligatoire à partir de janvier 1942.

Art 1. Nature du contrat

Le contrat d'ubugaragu est une convention librement consentie entre deux personnes; la première, appelée shebuja, donne à la seconde, appelée umugaragu, une ou plusieurs têtes de gros bétail; l'umugaragu se charge de soigner ce bétail en bon père de famille et de fournir au shebuja des prestations nettement déterminée par le contrat ou prévues par la coutume.

Art 2. Formes du contrat d'ubugaragu

Le contrat d'ubugaragu peut être conclu verbalement, dans ce cas, un ou plusieurs témoins assistent chacun des contractants. Il est cependant recommandé aux parties de faire enregistrer par le tribunal de chefferie du ressort du shebuja tout contrat d'ubugaragu en cours.

Le Tribunal Indigène compétent pour enregistrer un contrat d'ubugaragu est celui dans le ressort duquel le shebuja a son principal établissement.

Tout contrat d'ubugaragu conclu à partir du premier janvier 1942 devra obligatoirement être enregistré ; les Tribunaux Indigènes refuseront, à partir de cette date, de transférer les différends qui naîtraient de l'exécution de l'exécution d'un contrat non enregistré alors qu'ils était soumis à cette formalité.

L'enregistrement des contrats se fait, non par le Greffier, mais par un Juge du Tribunal Indigène ; le juge aura mission de documenter les parties et de les conseiller ; il refusera l'enregistrement des contrats ne répondant pas aux prescriptions de la présente circulaire.

Art 3. Obligation du shebuja

L'obligation essentielle du shebuja est de remettre à son umugaragu au moins une vache de bonne qualité apte à la reproduction. Si cette condition n'était pas remplie, le contrat serait nul. De plus, le shebuja doit à son umugaragu aide et protection dans tous les cas à ce dernier serait, sans qu'il y ait eu faute de sa part en difficulté.

Art 4. Obligation de l'umugaragu

Suivant la coutume, les obligations de l'umugaragu peuvent être classée en deux catégories.
A. Les prestations obligatoires
B. Les prestations facultatifs

Art 5. Des prestations obligations

1° le gufata igihe, 2° le kuralira, 3° le kwubaka inkike, 4° l'ingishwa, 5° l'umurundo, 6° l'indemano ou umunani.

Art 6. Le gufata igihe

Le gufata igihe est l'obligation que souscrit l'umugaragu d'être présent aux cotés de son shebuja un certain nombre de jours chaque années.

Au cours de ces journées de présence, l'umugaragu peut être chargé de certains travaux ou de missions, en corrélation avec ses aptitudes, son rang social et les coutumes de la région. Les contrats doivent déterminer exactement la durée de cette prestation.

Art 7. Le kuralira

Le kuralira est l'obligation qu'a le mugaragu de veiller, la nuit, sur le rugo et la maison de son shebuja. Le contrat doit déterminer la durée de cette prestation.

Art 8. Le Kubak' inkike

Le kubak'inkike est l'obligation que souscrit l'umugaragu de coopérer à la construction, à la reconstruction ou à l'entretien du rugo (enceinte) de shebuja.

{...} l'umugaragu est tenu d'y satisfaire chaque année. Toutefois, le shebuja dont la hutte serait complètement détruite par cas fortuit peut astreindre ses bagaragu à prêter leurs services pour une durée double de celle fixée au contrat ; dans ce cas, il ne sera dû aucune prestation de kwubak'inkike pour l'année suivante.

Puisque les bagaragu doivent construire pour leur shebuja, et que le Mwami est le chef de tous les Chefs et Sous-chefs, ces derniers doivent coopérer gratuitement à la construction des kraals du bétail du Mwami. Il s'en suit que, partout où se trouve le bétail du mwami, la construction de kraals incombe au Chef et Sous-chef.

Art 9. L'ingishwa

L'ingishwa est l'obligation que souscrit l'umugaragu de fournir une vache laitière à son shebuja lorsque ce dernier va à son tour faire la cour chez son shebuja, ou lorsqu'il s'absente pour un temps plus ou moins long.

Art 10. L'umurundo

L'umurundo est le droit du shebuja de se faire présenter tout le bétail détenu par son umugaragu ou dépendant de celui-ci.

a) Si pour une raison quelconque, tout le bétail ne peut pas être présenté, les manquants doivent être signalés spontanément par l'umugaragu, avant la présentation.
b) L'umurundo peut-être ordonné par le shebuja aussi souvent que l'exige le contrôle de gestion de l'umugaragu.
c) Une fois pendant la vie du shebuja, l'umurundo peut être suivi d'un prélèvement de bétail.
d) Ce prélèvement s'effectue sur l'entièreté du bétail qui dépend de l'umugargu à un titre quelconque, sans que cependant le shebuja puisse y inclure le bétail grevé de droits de tiers (ingwate, inkwano pour lequel l'indongoranyo reste dû, etc.).
e) Le droit de prélèvement est limité à une vache sur dix. f)Dans l'évaluation du troupeau sur lequel porte le prélèvement, une vache suitée ne compte que pour une seule bête.
g) Sur un troupeau comprenant de 7 à 9bêtes, le shebuja pourra prélever une génisse , un veau femelle ; sur un troupeau de 3 bêtes et moins, un taurillon.

Art 11. L'indemano ou umunani

L'umunani est la dotation en bétail, constituée par le shebuja, au profit d'un de ses fils lorsque celui-ci s'établit en dehors du rugo paternel.

La dotation du premier fils est prélevée sur le bétail inyarulembo du père ; la dotation du second est fourni par les abagaragu du père, et ainsi de suite pour les autres fils.

Le prélèvement maximum d'indemano ou d'umunani est fixé à raison d'une vache adulte par vingt têtes dépendant de l'umugaragu ; un troupeau de 14 à 19 bêtes donnera une génisse ; un troupeau de 8 à 13 bêtes donnera unveau femelle ; un troupeau de sept bêtes et moins donnera un taurillon.

Art 12. Droits de l'umugaragu

L'umugaragu peut disposer par vente, donation, abattage ou autrement, du bétail qu'il tient de son shebuja sous la seule réserve qu'ilqu'il doit, en toutes circonstances, agir en bon père de famille. L'umugaragu doit toujours avertir son shebuja en cas d'alternation d'une ou plusieurs têtes de bétail."

Extrait du Bulletin de Jurisprudence des Territoires Indigènes du Rwanda Urundi, Astrida, 1946. p 137-141. Voir aussi dans J.N. Nkurikiyimfura, LE GROS BETAIL ET LA SOCIETE RWANDAISE: EVOLUTION HISTORIQUE: DES XIIè-XIVè A 1958. L'Harmattan - Année 1994 - 318 pages. Cfr pp. 234-244.

Commentaire personnel:
 par Emmanuel Nduwayezu
31.01.03
Ce document codifiait les us et coutumes relatifs à l'institution d'ubuhake. Le «contrat d'ubugaragu» a été précédé d'un autre texte daté du 14 octobre 1933 intitulé «Instructions sur l'umurundo». Le contrat d'ubugaragu, qui prie sa forme définitive après 1940, fut publié à Nyanza le 1er août 1941 et rendu obligatoire par le résident à partir de janvier 1942. Mais les pratiques qui y sont consignées prédominaient dans la société rwandaise nyiginya depuis des siècles. A l'arrivée des premiers explorateurs et les premiers allemands on décrit une situation dramatique qui semble s'enraciner dans les mythes d'origine et de légitimation de la dynastie régnante.

"Le contrat de servage agro-pastoral (dit contrat d'ubugaragu), était un engagement "volontaire" par lequel une personne, appelée "umugaragu" venait se recommander à une autre personne d'un rang social plus élevé, appelée shebuja. L'acte de se recommander se disait gukeza, les relations sociales du maître (shebuja) au serviteur (umugaragu) s'appellent ubuhake. Le serviteur s'engage, vis à vis de son maître, à rendre tous les services coutumiers et le shebuja consacre le contrat par l'octroi de vaches ou dans certaines régions de parcelles de terres à cultiver. Les services coutumiers que le serviteur doit prester sont, de la part d'un Muhutu, tous les genres de travaux serviles ordinaires; tandis qu'un Mututsi est conseiller, messager, informateur, compagnon d'armes, en un mot, l'instrument de l'influence sociale et politique entre les mains de son maître. Ne dispose-t-il pas lui-même, d'une ramification plus ou moins puissante d'associés constituée de ses propres serviteurs, de ses parents qui ont également leur clientèle et des allés de sa parentèle" [KAGAME A (1952), p.18] .

Le buhake (dont les origines remonteraient au règne de Ruganzu II Ndoli autour du XVIIème siècle, voir dans Le gros bétail et la société rwandaise. Evolution historique des XII-XIVème siècles à 1958, 1994: 127-140) était destiné à renforcer la puissance de la famille du maître. La parentèle était la cellule sociale de base: foyer isolé détenant un fief (ensembles de vaches ou de pâturages détenus par des particuliers)ou une propriété autonome (dépendant en toutes ses parties d'un seul et même foyer); ou bien un ensemble de foyers ayant un ascendant commun dont ils possèdent, par voie d'héritage, le même fief (ou la même propriété foncière) qu'ils se partagent.

C'est la croissance de la population et l'impossibilité d'expansion foncière qui rendirent ainsi les lignages vulnérables et dépendants des chefs pastoraux qui pouvaient attribuer ou refuser des terres selon leur gré sous le système de clientélisme pastoral (ubuhake). Et c'est ici que l'on pourrait situer les origines de l'ubuhake que nous allons voir en détails dans ses formes élaborées telles que les ont trouvées les colonisateurs au début du 20ème siècle: «Bien qu'elle existât aussi entre deux tutsi ou deux hutu, la relation féodale était avant tout un rapport inter caste entre un tutsi et un hutu. Sa fonction était d'une part de fournir à la strate supérieure des produits agricoles et des services, sans contrepartie économique réelle; d'autre part, de limiter l'exploitation des paysans en leur donnant l'occasion de recourir à la protection d'un membre de la caste dominante contre la surexploitation par les autres» Voyons donc ce que furent les relations entre les deux groupes sociaux.

D'après les travaux de J. Maquet: 1952, 1954, 1970; ceux de A. KAGAME: 1954; de M. D'HERTEFELT: 1971,... sur le système des relations sociales dans le Rwanda ancien, il est dit que la structure étatique était entièrement entre les mains des tutsi nyiginya et la «fiscalité» était la fonction principale de l'administration. Les tutsi qui n'appartenaient pas au groupe des gouvernants pouvaient assurer leur approvisionnement vivrier par le lien de la clientèle que sollicitaient des hutu en échange de tel ou tel seigneur. La relation économique entre les deux groupes permet de les considérer comme des classes sociales et même comme des castes étant donné leur caractère héréditaire et l'endogamie (avec une éducation spécifique du jeune tutsi munyiginya, imfura, afin de préserver l'esprit de corps de la caste) de la caste tutsi nyiginya (noble qui n'a été que timidement ouvert pour donner ses filles en mariages généralement pour des raisons stratégiques) ainsi que celle des batwa.

Avec l'administration coloniale (protectorat allemand: 1897 à 1916 {Selon les publications de VON RAMSAY H Hauptmann: Uha, Urundi und Ruanda. Mitteilungen aus den deutschen Schutzgebieten. X,177/181 (1897) et surtout dans Ueber seinr Expeditionen nach Ruanda und dem Rikwa-See [Vortrag 4.6. 1898]. Verhandlungen der Gesellschaft für Erdkunde zu Berlin, XXV, 5-6, 303/323 (1898) résumé dans L'Encyclopédie bibliographique Société culture et histoire du Rwanda de M D'HERTEFELT (1987), pp-1673-1674, le mwami du Rwanda s'est placé sous la protection allemande en mars [20-22 mars] 1897 en même temps que la remise du drapeau allemand et une lettre de protection.} - puis mandat: 1919-1945 et tutelle: 1945 -1962 Belge), les structures territoriales jouaient le même rôle que sous «autonomie nyiginya», jusqu'aux réformes de 1952-54 (début de cristallisation de la crise rwandaise actuelle avec les premières élections démocratiques directes) à l'origine de la Note sur l'aspect social du problème racial indigène au Rwanda du 24 mars 1957, document appelé dans la suite Manifeste des Bahutu (seul nom actuellement utilisé sans aucune référence exacte au contexte de son époque, ni à son vrai nom d'origine).

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Abantu benshi bitiranya ubuhake n’ubucakara kandi bitandukanye cyane. Ubucakara bwari bushingiye ku butaka, aho umuntu yajyaga guhingira umutware kugeza igihe imyaka isaruriwe nawe bakamuha ho duke. Kuva icyo gihe  nta kindi cyongeraga guhuza umucakara n’umutware naho ubuhake bwatumaga umugaragu agirana ubucuti bukomeye na shebuja ku buryo hari n’igihe yamushyingiraga.

Abanyarwanda benshi, kera bajyaga kuba abagaragu kubera rimwe na rimwe impamvu z’ubukungu. Ubukungu bw’u Rwanda rwo hambere bwari bushingiye ku buhinzi n’ubworozi. Umwanditsi w’Amateka J.J.Maquet mu gitabo cye agira ati:  «Abanyarwanda bifashishaga ubuhinzi n’ubworozi kugira ngo babashe gukemura ibibazo by’ingenzi bahuraga nabyo mu buzima bwabo bwa buri munsi ».

Ubuhake bwahaga umugaragu umutekano, akumva ko akomeye kuko afite shebuja ukomeye nta wapfa kumuhohotera. Iyo yabaga yagiye gufata igihe, mu gihe cy’ibitaramo kwa Shebuja cyangwa i Bwami, Abagaragu bigaga ibintu byinshi. Abagaragu birahiraga ba Shebuja: Mba ndoga kanaka cyangwa ngo kanaka ampa inka.

Umwanditsi w’igitabo ubumwe bw’Abanyarwanda mu mibereho yabo Nizeyimana Innocent avuga ko izo ndahiro zerekana urukundo n’ubudahemuka abagaragu babaga bafitiye ba Shebuja ku buryo bumvaga badashobora kubahemukira, kuko uretse no kubaha umugaragu we, shebuja yamwubahishaga n’abe, ku buryo abagaragu bitwaraga neza bakagira ubutoni kwa Shebuja ba Shebuja banabashyingiraga, bakaba bagabanye inka n’abageni.


Umuntu yashoboraga no gutunga inka azikomoye ahandi hatari ku buhake: nko ku mpano, cyangwa yarazihahiye mu mitungo ye. Nizo bitaga impahano kandi ntizanyagwaga, ahubwo iyo zagwiraga, nyirazo uwo ariwe wese, nawe yagiraga abagaragu. Iyo amasezerano yabaga aseshwe maze shebuja agasubirana inka ze, umugaragu yashoboraga guhohoterwa cyangwa kugirirwa nabi na Shebuja. Hari n’ubwo shebuja yashoboraga gutekereza ko umugaragu yaba yarahishe ahandi hantu zimwe mu nka yagabanye cyangwa se abifitiye ibimenyetso, bityo akaba yamuhohotera kugira ngo ashobore kuzibona. Ibi byashoboraga kubaho igihe umugaragu yabaga nta wundi shebuja afite wamurengera. Niyo mpamvu kugira ngo ibyo bicike, umwami Mutara III Rudahigwa, mu 1941 yashyizeho itegeko risobanura neza amasezerano y’ubuhake, ayo mategeko akaba yaratangiye gukurikizwa muri Mutarama 1942.



Ubucakara bwari bushingiye ku butaka

Nta sano igaragara ari hagati y’ubucakara n’ubuhake nk’uko umwanditsi Mworoha abitangaza. Yagize ati:  « Ubuhake bwari bushingiye ku nka, uwajyaga kuzihakirwa akagira igihe amara kwa shebuja, nyuma akazamugabira, naho ubucakara bwo bwabaga bushingiye ku butaka. Udafite ubutaka yegeraga ubufite akamuha aho ahinga bakazagabana imyaka hatitawe ku mvune yagize. Naho ku byerekeye aka karere k’ibiyaga bigari, ubutaka umuntu yabukomoga ku murage w’abasekuruza. Ikindi kandi gikomeye, i Burayi uwamaraga kwerekwa n’umutware we aho guhinga, nta yindi sano yongeraga kubahuza, mu gihe mu Rwanda no mu Burundi, umugaragu wabaga yagiye gucyura igihe yabaga kwa shebuja bagataramana bakanamugaburira».