RWANDA: Privatisation ou vente aux enchères de la propriété publique?

 

Depuis la fin du siècle dernier, les magnats profiteurs de l’économie de notre planète ont introduit un nouveau concept économique:  "la mondialisation". Ce concept donne feu vert aux grands capitalistes de ce monde pour s’accaparer des grandes richesses des entreprises florissantes et de les fusionner en complexes économiques difficilement contrôlables par des Etats.

 

Dans cette foulée d’idées s’insère la privatisation que le FPR a fait l’une de ses pierres angulaires du démarrage économique individuel de son élite au pouvoir. Le Rwanda FPR n’est donc pas resté la dernière dans cette compétition impérialiste. Il est même allé jusqu'à séduire les concepteurs de ce nouveau model de très haute escroquerie étatique. En effet, depuis 1997, le FPR a privatisé 41 entreprises du peuple rwandais. Parmi ces entreprises 70 % ont été cédées aux propres membres du FPR moyennant des montants dérisoires (10 mios Ecus)*. Il est évident que le fil conducteur de cette mascarade de privatisation tient solidement sur ce que le FPR a appelé "insinzi"; ce qui se traduit par « butin » . En effet, comme si le FPR était formé d'éléments étrangers à la nation rwandaise, il a pris la propriété publique comme butin de guerre. Il a  donc sciemment confondu la propriété publique et la propriété privée. Malheureusement, l’exercice du pouvoir FPR jusqu’à l’heure actuelle ne fait qu’affirmer ce constat et les privatisations injustifiées se poursuivent. Le bien public reste la cible privilégiée du FPR.

 

Qu’en est il exactement de cette situation ? Après 1994, est- ce que l'économie rwandaise avait-elle besoin d'une mondialisation pour démarrer? Le débat peut-être assez houleux et contradictoire mais quel que soit son issu, une telle entreprise de privatisation exige que le pays ait des grandes sociétés plus ou moins économiquement viables. Or, l’économie du Rwanda, qui venait à peine de sortir d’une destruction presque totale et qui était classée parmi les dernières de notre planète était et reste une économie d’autosubsistance. Actuellement, comment voulez-vous qu’une économie nationale d’autosubsistance devienne compétitive avec celles des autres pays. Au moment où la production des entreprises à privatiser n'est pas accessible à la grande masse de la population nationale qui en a effectivement besoin, comment voulez-vous privatiser et mondialiser de telles entreprises?

 

En outre, la privatisation exige une étude minutieuse comportant tous les volets socio-économiques. Or, tous les observateurs s’accordent à dire que la privatisation des biens du peuple rwandais s’est faite dans une telle précipitation qu ‘aucun autre dirigeant digne de ce nom ne peut l'admettre. Y avait-il besoin urgent d’argent? Non, les aides d'après guerre ont été assez suffisantes. Pourquoi alors a-t-il fallu sacrifier le peuple? Apparemment, il fallait montrer à tout prix à la BM et au FMI qu’on est son bon élève, ce qui profitait et profite encore d'ailleurs à quelques uns qui continuent de remplir malhonnêtement leurs poches.

 

 Par ailleurs, une privatisation d’une entreprise exige tout au moins qu’on soit propriétaire du bien à privatiser ou qu’on soit mandaté pour représenter le propriétaire. En est-il ainsi pour le FPR? Si dans les autres pays, (même si là aussi il y a beaucoup à dire) ce sont des gouvernements mis en place par le peuple qui dirigent la transaction de la privatisation, au Rwanda, c’est un gouvernement qui s’est imposé au peuple par la force qui mène la vente aux enchères des biens de ce peuple. Il nous appartient tout à fait de juger cette action gouvernementale et le peuple aura un jour un mot à dire sur cette spoliation qui n'a fait et continuera à profiter aux plus rusés tout en jetant dans la misère les travailleurs et en général, tout le peuple rwandais. Les entreprises ont été créées sous la sueur du peuple rwandais. Ne soyons pas dupes alors, le revenu de ces entreprises ou tout au moins son utilisation devrait être clarifié à son propriétaire, le peuple.

 

La privatisation sous entend aussi le remaniement du personnel dans l’entreprise privatisée. Or, le FPR n’a présentement pensé à aucun système socio-économique d’accompagnement pour protéger les employés. Plusieurs travailleurs, surtout à Kigali où sont concentré la majorité des entreprises économiques du pays, ont été remercié dans ce courant. Faute d’un Etat capable de les défendre, plusieurs familles croupissent actuellement dans la misère après être licenciés.

 

La privatisation au Rwanda ou mieux encore la vente aux enchères des entreprises publics en faveur de quelques membres privilégiés du FPR et de ses sponsors de l’extérieur est une question préoccupante pour le peuple rwandais. C’est un crime économique envers tout un peuple qui se voit déposséder de ses biens et n’obtient rien de durable en contrepartie. D'ailleurs, un Etat de force ou encore un Etat pirate ne devrait normalement pas engager le peuple dans le long terme. Cette vente aux enchères des entreprises du peuple, au même titre que les autres crimes commis suite à la guerre imposée au peuple rwandais dès 1990 doit être traduite en justice. Les concepteurs étant difficile à circonscrire, les exécutants devront s’expliquer devant le peuple rwandais ?

 

 

Lettre de Théobald Rwaka, ancien ministre de l'intérieur (rapatriement forcé des réfugiés rwandais+ la privatisation)

Son Excellence Monsieur Thabo Mbeki
Président de la Republique Sud Africaine; Pretoria

Reference: Rapatriement forcé des Refugiés Rwandais

Excellence Monsieur Le Président,

J'ai l'honneur de m'adresser à votre Auguste Personnalité pour vous faire part de mes inquiétudes sur le rapatriement forcé des refugiés Rwandais résident sur le territoire Congolais au regard de l'Accord de Pretoria signé en date du 30 Juillet,2002 entre le Gouvernement Rwandais et le Gouvernement Congolais et que vous avez eu le mérite d'initier et de faire aboutir.

Certaines organisations et en l'occurrence l'Organisation pour la Paix, la Justice et le Développement au Rwanda (OPJDR),avaient attiré votre attention sur le danger de la globalisation et de la diabolisation des réfugiés en des termes aussi confus et ambigus comme forces négatives,Ex-FAR, Hutus extrémistes etc,... car cela risquait d'offrir au régime de Kigali un alibi pour continuer l'extermination des Hutu réfugiés au Congo. Ensuite nous avons appris que de bonne foi et de commun accord avec les Nations Unies, les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) avaient désarmé et cantonné leurs forces combattantes de 2000 hommes au camp de Kamina au Congo et que même les armes en leur possession avaient été détruites dans le cadre de la recherche d'une paix durable dans les régions des Grands Lacs d'Afrique. Ainsi donc, n'étant plus armés ces réfugiés bénéficiaient de facto du statut de forces non combattantes sous protection internationale en vertu des Conventions de Genève.

Cependant, de sources fiables, concordantes et dignes de foi, je viens d'apprendre avec consternation que vous auriez intimé à votre armée de participer au massacre de ces réfugiés sans défense. En effet en date du 20 Octobre 2002,des hélicoptères de l'armée Sud Africaine, pilotés par des Sud Africains ont escorté les Forces Armées du Congo pour encercler, bombarder et massacrer les réfugiés Hutus cantonnés au camp de Kamina avec leurs familles car craignant pour leur vie, ils avaient renoncé d'être rapatriés de force au Rwanda. Cet acte ignoble et scandaleux faisait suite à l'enlèvement de 20 autres Rwandais remis à leur bourreau de Kigali par des Agents Sud Africains.

Excellence, Monsieur le Président, permettez-moi de vous dire que ce comportement compromet gravement votre mission de médiation dans la région des Grands Lacs d'Afrique surtout au Rwanda et au Burundi pays déchirés par des conflits de pouvoir entre Hutu et Tutsi. Je sais bien que le pouvoir honni de KIGALI entretient des relations commerciales privilégiées avec certaines sociétés Sud africaines auxquelles le gouvernement Rwandais vend à vil prix les établissements publics dans le programme de privatisation des entreprises publiques ordonné dit-on, par les institutions de Breton Woods.

Je sais que c'est dans ce cadre que l'immeuble de la Caisse Sociale du Rwanda a été presque gratuitement cédé à MTN Rwanda Cell dans laquelle le Président Kagame Paul serait grand actionnaire. Je sais les magouilles que la société Sud Africaine Netcare a utilisé pour précipiter l'hôpital Roi Fayçal dans sa faillite irréversible. Je sais aussi que des sociétés sud africaines ont acquis dans les mêmes conditions l'hôtel des Diplomates de KIGALI ainsi que l'hôtel Meridien de Gisenyi et que l'Electrogaz et les usines théicoles seraient aussi en vue dans cette politique déguisée de spoliation et de dilapidation des biens de l'Etat. De surcroît, le Rwanda s'approvisionne en Afrique du Sud pour l'essentiel de ses besoins militaires.

Excellence, Monsieur le Président tout cela ne peut justifier que vous ternissiez votre propre image et celui de votre grand pays en vous rendant complice d'un régime tyrannique, tortionnaire et dictatorial, ayant déjà à son actif le triple génocide des Tutsi, des Hutu et des Congolais ayant emporté plus de 4 millions de vies humaines. Il ne m'appartient pas de vous juger mais si votre attitude ne change pas sur la question politique du Rwanda, l'histoire retiendra que vous avez oublié très vite la règle de la majorité au pouvoir et la protection des minorités qui fut pourtant le cheval de bataille du juste combat de l'ANC.

Enfin je suis scandalisé et indigné par l'attitude des Nations Unies et de la Communauté Internationale face aux exactions et aux malheurs que l'homme fort de Kigali fait subir aux peuples de la région. Devant la transformation du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) en Tribunal International pour les Hutu(TPIH); devant la menace qui pèse sur les peuples de la région, devant l'échec cuisant du régime de Kigali à réconcilier les composantes de la société rwandaise, devant le silence et le mutisme de la communauté Internationale lors de la disparition tragique de plus de 200,000 réfugiés Hutu en Mai 1996 au Congo, les opprimés ont dès aujourd'hui le droit á la légitime défense par ce qu'ils doivent refuser de mourir et de disparaître sur la carte du monde. Ils doivent continuer la résistance totale pour recouvrir leur dignité et leur liberté et comprendre que chaque goutte de sang versé pour une bonne cause est une semence pour la victoire finale.

Excellence Monsieur le Président, je voudrais terminer en vous demandant d'examiner profondément toutes les facettes du problème Rwandais avant d'engager sous le couvert de la MONUC, votre puissante armée dans une guerre injuste contre ceux qui réclament leur droit à l'existence et à la liberté.

Théobald Gakwaya Rwaka
Ancien Ministre de l'Intérieur du Rwanda
Vice-Président du PDC

C.I:

Excellence Mr George W. Bush
Président des Etats Unies d'Amérique
1600 Pennsylvania Avenue NW
Washington, DC 20500

Excellence Mr. Jacques Chirac
Président de la République de France
Paris-France

Son Excellence Général Paul Kagame
Président de la République du Rwanda
B.P 15 Kigali - Rwanda

Son Excellence Général Joseph Kabila
Président de la République Démocratique du Congo.

Son Excellence Mr Guy VERHOFSTADT
Premier Ministre du Gouvernement
Fédéral de la Belgique
Rue de la Loi 16
B-1000 Bruxelles

Son Excellence Tony Blair
Premier Ministre de Grande Bretagne
Londres.

Son Excellence Mr Kofi Annan
Secrétaire Général des Nation Unies
UN Plaza, S-3800
New-York, NY 10017 USA

Honorable Mrs Carla Del Ponte
Procureur Général
Tribunal Pénal International pour le Rwanda
P.O Box 6016
Arusha, Tanzania

Honorable Ruud Lubbers
Haut Commisaire des Nations Unies aux Refugiés
B.P 2500
CH-1211 Genève 2 Suisse

Honorable Kenneth Ruth
Directeur Exécutif Human Right Watch
350 Fifth Avenue, 34th floor
New York, NY 10118-3299 USA

Honorable Directeur Executif
Amnesty International
1 Easton Street, Londres WC1X ODW,
London, England.

Monsieur Pascal Kalinganire
Coordinateur Général de l'Organisation pour la Paix, la Justice et le Developement au Rwanda
B.P 8011 Talleyville/Delaware 19803