TOZI.
Kagame a-t-il bien ou mal fait d'humilier la France?

Avant même la célébration du 10 ème anniversaire du génocide rwandais, beaucoup d'encre coulait, révélant l'intérêt que représentait non seulement pour le Rwanda mais pour la communauté internationale, cette manifestation.

Effectivement, deux camps se sont opposés : ceux qui mettaient en exergue la responsabilité de la communauté internationale et ceux qui attiraient l'attention sur la responsabilité essentielle de Kagamé dans le déclenchement du génocide qui a fait plus de 800.000 victimes. En tout cas, le 7 Avril dernier, à l'occasion du 10 ème anniversaire du génocide, dans son intervention, le président rwandais n'est pas allé par quatre chemins pour passer au laminoir la France, se tournant vers le Secrétaire d'Etat Mr Renaud Muselier, pour bien marquer le coup. C'est le grand scandale, certains diront le grand " drap ". Beaucoup félicitent là cette " impertinence " à la Sékou Touré, à la Thomas Sankara alors que d'autres estiment qu'à vouloir rechercher le spectaculaire, on a franchi toutes les limites, foulant même aux pieds le sens légendaire de l'hospitalité africaine. Deux sons de cloche.

PAUL KAGAME A DEPASSE TOUTES LES LIMITES

Même si la France, comme beaucoup d'autres pays, n'a pas fait ce qu'il fallait pour prévenir le génocide rwandais, il faut tout de même lui reconnaître d'avoir plus que d'autres pays, essayé de soulager les souffrances des Rwandais. On ne le souligne pas assez mais c'est la France qui s'est investie pour les Accords d'Arusha, pesant de tout son poids pour amener les Hutu à accepter le partage du pouvoir. Contrairement à tous les pays présents dans le cadre de l'ONU qui ont vite plié bagages, elle s'est battue au plus fort de la crise pour lancer l'Opération Turquoise qui, dans une atmosphère de désorganisation totale, de fin du monde dans cette partie du monde, a permis d'apporter de l'espoir, de l'assistance, et surtout de sauver des dizaines de milliers de vies humaines. On ne peut pas, de façon assez macabre, lui reprocher à la faveur de cette opération humanitaire, d'avoir empêché que des Hutu ne soient massacrés. Il y a dans l'attitude du président Kagame quelque chose de choquant, de peu conforme à la nature profonde de l'Africain.

Non seulement lui même n'est pas blanc comme neige dans cette affaire, lui dont tout porte à croire qu'il a fait abattre le Falcon du président Habyarimana dans le dessein cynique de déclencher effectivement le massacre et de se présenter dans sa marche victorieuse comme un sauveur, mais il a bafoué l'hospitalité africaine. En Afrique, on n'humilie pas de la sorte un invité, c'est un sacrilège. Sur cette terre africaine, on préfère comme dit l'adage, vider son grenier pour l'invité quitte à rester le ventre creux, on préfère offrir sa vie pour sauver la sienne. Qui plus est, on n'humilie pas aussi impunément une grande puissance surtout lorsqu'on est un petit Etat, pauvre de surcroît. Au surplus, ce dont le Rwanda a besoin aujourd'hui, c'est de prendre appui sur cette mauvaise conscience internationale pour permettre que des aides substantielles soient accordées aux survivants, aux ayants-droits des victimes, et aussi pour la reconstruction. Le 10ème anniversaire va passer et ce n'est pas sûr qu'une fois l'émotion apaisée, le pays puisse récolter les dividendes auxquels s'attendait légitimement la population !