Le système financier actuel est insoutenable

Riccardo Petrella
Riccardo Petrella (05-juin-2008 )
Professeur émérite, Université catholique de Louvain
 
 
L'économiste réputé participe au premier Sommet mondial de la finance responsable à se tenir à Québec. 
Le système financier actuel est insoutenable Il est urgent de redessiner le système financier actuel car il est "insoutenable" sur le plan économique, social et politique. De plus, il s'avère incapable de participer à la construction d'un futur pour tous devant les nouveaux enjeux planétaires du changement climatique.
Insoutenable car son code génétique - qui fait de la création de richesse pour les détenteurs privés du capital investi la raison d'être de tout le système - l'empêche de donner une quelconque priorité au droit à la vie pour des milliards d'êtres humains. Les dégâts causés aux plus démunis par la dernière crise financière dite des subprimes et le scandale de la crise alimentaire qui touche les aliments de base tels le pain et le riz démontrent que le système actuel n'est pas fait pour valoriser les énormes richesses financières du monde (en croissance) au service du droit à la vie de tous les peuples et de tous les humains.
L'ensemble des travaux du GIEC (Groupe international d'études sur le climat) souligne que l'augmentation de la température moyenne de la planète se traduit par des changements climatiques majeurs qui affectent la disponibilité et l'accès à l'eau, à la nourriture, à la santé, à l'habitat, à la sécurité d'existence. Selon ces travaux, les effets dévastateurs toucheront davantage les régions et les pays habités par les populations pauvres, qui souffrent déjà de graves problèmes environnementaux, économiques et sociaux. Pour maintenir la hausse de température en dessous de 1,8 à 2 degrés maximum d'ici l'an 2100, il faudra investir massivement dans la reconstruction de l'habitat humain (villes et bidonvilles) et du système de transport sur route, dans la transformation radicale des modes de production agricole et industrielle, dans la protection du territoire.. .
Cela signifie repenser les notions de richesse pour mettre l'accent sur les richesses communes, de sécurité et de souveraineté, de biens économiques en valorisant la sécurité collective et la souveraineté partagée responsable, en redécouvrant des biens communs mondiaux tels l'eau, la forêt... et en cessant de considérer la croissance de la consommation comme la clé du progrès des sociétés humaines.
Or, au lieu de s'orienter vers la recherche d'une nouvelle conception de la finance pour garantir la sécurité d'existence pour tous, grâce à la production et à l'accès aux biens et aux services communs indispensables et insubstituables à la vie et au vivre ensemble, les classes dirigeantes actuelles proposent de renforcer le rôle de la finance privée, d'intensifier la marchandisation de la vie, de la santé, de l'eau, des forêts et d'universaliser la privatisation des services publics même locaux.
En outre, loin de remettre le pouvoir de la finance au contrôle des pouvoirs publics nationaux et internationaux démocratiquement élus, on assujetit les pouvoirs publics aux marchés financiers et on favorise l'indépendance- autonomie et la liberté politique des oligarchies financières. Il est impensable de laisser la direction des changements climatiques aux groupes financiers privés. Le changement climatique est et sera essentiellement un changement sociétal.
Dès lors, nos sociétés ne peuvent pas se contenter de laisser des solutions de "finance alternative" en marge du système telles que sont, à l'heure actuelle, la finance éthique, l'eco-finance, la finance pour les pauvres, la finance locale, et certaines formes de finance sociale. Ces alternatives constituent certainement des avances importantes et le point de départ de nouveaux chemins. Sans mutation structurelle au coeur du système, cependant, elles sont destinées à rester des solutions périphériques.
La propriété doit être commune et publique pour tout ce qui a trait aux biens et aux services indispensables et insubstituables pour la vie et le vivre ensemble, et mise sous la responsabilité de la communauté, du local au mondial, à travers aussi une génération nouvelle de taxation. Il faut apprendre surtout à développer la responsabilité collective de la propriété des biens communs mondiaux.